Afriken An et Bulin 47 font danser Haïti et la République dominicaine


Malgré les tensions entre Haïti et la République dominicaine, Afriken An et Bulin 47 font danser les deux nations au rythme du rabòday et du dembow

Le rabòday haïtien et le dembow dominicain viennent de trouver un terrain commun : la musique. L’artiste haïtien Afriken An et le chanteur dominicain Bulin 47 ont dévoilé, ce vendredi 14 août 2026, le remix officiel de « Leo Leo », une collaboration qui dépasse le easy cadre musical pour devenir un étonnant symbole de rapprochement entre deux peuples partageant la même île, mais régulièrement séparés par les tensions politiques, migratoires et identitaires.

Tourné dans les rues de la République dominicaine, le clip plonge les spectateurs au cœur d’une ambiance populaire et festive. Pas de décor luxueux ni de mise en scène extravagante : une foule, des rues animées, des percussions et deux artistes qui communiquent à travers leurs univers respectifs. Au rythme du chorus « Leo Leo » et « Ratata », Haïtiens et Dominicains se retrouvent ainsi, le temps d’une chanson, autour d’un même langage : celui de la musique et de la danse.

Musicalement, le remix preserve l’ADN créole du morceau d’Afriken An tout en lui donnant une nouvelle dimension grâce aux sonorités du dembow. Bulin 47 intervient en espagnol avec son débit caractéristique, tandis qu’Afriken An reste fidèle au créole et aux codes du rabòday. Cette alternance linguistique devient l’une des grandes forces du titre : deux langues, deux cultures et deux sensibilités musicales se répondent sur une même pulsation.

Le succès de « Leo Leo » raconte d’ailleurs une histoire qui dépasse les frontières. Avant de prendre ce nom, le morceau circulait sous le titre « Yo Kase Tèt DG A », issu d’un freestyle réalisé sur un instrumental rabòday. Sa popularité sur les réseaux sociaux, notamment TikTok, lui a permis de toucher un public bien au-delà d’Haïti. Des internautes dominicains ont eux-mêmes participé à sa viralité, ouvrant progressivement la voie à cette rencontre entre Afriken An et Bulin 47.

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La collaboration intervient pourtant dans un contexte particulièrement smart. Les relations entre Haïti et la République dominicaine restent marquées par de profondes tensions autour de la migration, de la sécurité et des questions identitaires. La présence de Bulin 47 aux côtés d’un artiste haïtien a d’ailleurs suscité des critiques de la half de certains internautes dominicains. Invité sur le plateau de La Casa de Alofoke, le chanteur a défendu son choix, expliquant qu’une collaboration artistique ne devait pas être interprétée comme une prise de place politique. Il a également rappelé le rôle joué par le public dominicain dans la popularisation du morceau authentic.

Avec « Leo Leo », la musique semble ainsi réussir là où les discours politiques peinent parfois à créer du dialogue. Elle ne fait pas disparaître les différends ni les réalités difficiles qui existent entre les deux pays, mais elle offre un espace où les différences peuvent momentanément céder la place au partage. Un artiste haïtien et un artiste dominicain, le créole et l’espagnol, le rabòday et le dembow : sur quelques minutes, deux cultures dansent sur le même rythme.

Au-delà de son potentiel industrial, « Leo Leo » apparaît donc comme une illustration de la capacité de la tradition à bousculer les frontières. Alors que les tensions entre Port-au-Prince et Saint-Domingue occupent régulièrement l’actualité, Afriken An et Bulin 47 proposent une autre picture de l’île : celle de deux peuples qui, malgré leurs désaccords, peuvent encore se retrouver dans la musique, la fête et la créativité. Et pendant que les frontières divisent, « Leo Leo », lui, fait danser les deux nations.

 

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