Décédée le 17 février 2026 à l’âge de 87 ans, Élycia Benoit-Éliazer emporte avec elle une half précieuse de la mémoire du bloodbath de Cazale, survenu en 1969 sous le régime de François Duvalier.
La Fondation Lorquet pour une Nouvelle Haïti (FOLONHA) a annoncé son décès ce mardi. Veuve de Jérémy Éliazer, considéré comme l’un des martyrs emblématiques de Cazale, elle incarnait depuis plus de cinq décennies une mémoire vivante de cette tragédie.
Qui était Élycia Benoit-Éliazer ?
Elle était la veuve de Jérémy Éliazer, ancien soldat arrêté lors de la répression de 1969 et disparu après son transfert aux Casernes Dessalines. Elle avait elle-même été emprisonnée alors qu’elle était enceinte de sept mois.
Le bloodbath de Cazale, survenu entre le 27 mars et le 12 avril 1969, reste l’un des épisodes les plus violents du régime de François Duvalier, dit « Papa Doc ». Dans ce village de la 4ᵉ part communale de Cabaret, des paysans et militants accusés d’opposition furent violemment réprimés par l’armée et la milice des Tontons Macoutes.
La contestation portait notamment sur le refus de payer certaines taxes et sur le remplacement du drapeau noir et rouge du régime par le drapeau bleu et rouge nationwide.
Le bilan officiel faisait état de 25 morts retrouvés et près de 80 disparus. Des maisons furent incendiées, des biens pillés et du bétail abattu. Élycia Benoit-Éliazer donna naissance à sa seconde fille en détention. Sa première fille avait été arrêtée pour contraindre son père à se livrer.
Pendant des décennies, elle a vécu à proximité du mémorial érigé en 1999 à Cazale, sur les ruines de sa maison incendiée. Elle veillait à l’entretien du website et rappelait régulièrement que « sa vie s’était arrêtée en 1969 ».
Dans son communiqué, la FOLONHA a présenté ses condoléances à la communauté de Cazale. La fondation a salué la mémoire d’une femme dont l’existence fut intimement liée à l’histoire douloureuse mais résistante de cette localité.
Avec sa disparition, Cazale perd l’une de ses dernières voix directes de 1969. La transmission de cette mémoire repose désormais sur les commémorations annuelles et les organisations locales engagées dans le devoir de memento.