Seule la littérature pouvait émettre un sign aussi positif au milieu de ce terrifiant foutoir dans lequel #Haïti s’enterre, sans poésie, lentement mais sûrement.
Nous vivons un temps où l’Haïtien est devenu, trop souvent, quelqu’un qu’on repousse.
On le chasse de République dominicaine. On le renvoie des Bahamas. Aux États-Unis, la fin du TPS a replongé des centaines de milliers de compatriotes dans l’incertitude. En Haïti même, des gangs chassent les familles de leurs quartiers, brûlent les maisons, fragmentent les villes, mutilent le quotidien.
L’Haïtien cherche une place.
Pour vivre. Pour dormir. Pour travailler. Pour exister sans avoir à justifier continuellement son droit d’être quelque half.
Et puis arrive Thélyson Orélien.
Pas avec une arme. Pas avec un discours politique. Pas avec un slogan. Avec un livre. C’était ça, ou mourir. Un premier roman qui se retrouve dans la sélection du Goncourt.
Et c’est là que le paradoxe devient presque bouleversant.
Thélyson vient d’un pays où trop d’écoles fonctionnent sans véritable bibliothèque. D’un pays où les rares espaces consacrés à la pensée, à la lecture, à la transmission sont eux-mêmes fragilisés par le chaos. La Bibliothèque nationale d’Haïti se trouve dans une zone devenue presque inaccessible. Elle a été vandalisée. La bibliothèque des Frères de l’Instruction chrétienne, à proximité, a elle aussi subi la violence du désordre.
Or, l’écriture est souvent le prolongement de la lecture.
Alors remark expliquer qu’un jeune issu de cet environnement puisse produire une œuvre succesful de se frayer un chemin jusqu’à l’un des prix littéraires les plus prestigieux du monde francophone?
Remark expliquer que face à des sociétés où l’on trouve des bibliothèques, des librairies, des galeries d’artwork, des salles de spectacle et des lieux de savoir presque à chaque coin de rue, un Haïtien venu d’un pays où la tradition elle-même doit parfois lutter pour survivre arrive à imposer sa voix?
Peut-être parce que la création ne naît pas seulement de l’abondance.
Elle naît aussi du manque. Du déplacement. Du silence. De la perte. De ce que l’on porte quand tout le reste s’effondre.
Dans ses entretiens, Thélyson ne réduit pas son roman à un récit sur la migration. Il parle surtout d’êtres humains. D’hommes et de femmes qui avancent parce qu’ils n’ont plus le choix. De personnes qu’on appelle “migrants” jusqu’à oublier leurs visages, leurs blessures, leurs rêves.
C’est précisément là que la littérature devient nécessaire. Elle rend un nom à ceux qu’on transforme en statistiques. Elle rend une histoire à ceux qu’on réduit à un statut. Elle rend une dignité à ceux qu’on repousse aux frontières.
Et peut-être que “penser contre nous-même”, c’est aussi cela : refuser de croire que le chaos nous résume.
Haïti n’est pas seulement ce que les gangs détruisent. Haïti est aussi ce qu’un jeune écrivain réussit à construire avec des mots.
Et pendant que certains ferment des frontières aux Haïtiens, la littérature, elle, vient d’en ouvrir une immense à Thélyson Orélien.
Parce qu’au milieu des armes, quelqu’un écrit encore. Et cette fois, le monde lit.
Gaspard Dorélien
#Ottawa
07.09.26
15h15
Picture: Éditions Grasset
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