Par où sommes-nous passés ? Haïti face à l’effondrement


La query me terrorise. Mais les faits qui me poussent à me la poser m’anéantissent davantage. Je suis loin de ces faits. Gros veinard. Mais je meurs à petit feu à trigger d’eux. Je ne veux pas imaginer la state of affairs de ceux qui les vivent au quotidien. Ou de ceux qui ont payé de leur vie. Par où sommes-nous passés pour arriver là? Remark Haïti s’est-elle transformée en cet enfer pour son peuple?

Il était presque 2 h du matin, ce mardi 25 août. Google Pictures me rappelle que j’avais photographié une amie dans les studios de Fotomatik Haiti, le 25 août 2017. Je lui envoie les pictures par Messenger. Une façon de lui faire un p’tit coucou.

Elle ne dormait pas.

Elle est de passage en Haïti pour voir ses dad and mom qu’elle n’avait pas vus depuis quatre ans. Elle venait d’être réveillée par une rafale d’armes automatiques, comme si le ciel lui tombait sur la tête.

Elle m’a décrit, avec des mots vivants, remark la misère, l’inflation, l’insécurité piétinent la vie de ses compatriotes. Elle m’a confié qu’elle se sentait coupable chaque fois qu’elle portait une cuillère à sa bouche. Parce que manger convenablement est devenu, pour beaucoup, un luxe.

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Et nous nous sommes demandé remark des zones entières de Port-au-Prince peuvent contenir autant de détresse pendant que, dans d’autres events de la même ville, on organise des bals, des live shows, des fêtes, des spectacles…

Je connais la réponse : « Les gens doivent vivre. »

Bien sûr qu’ils doivent vivre.

Mais remark prendre son véhicule pour aller faire la fête lorsque, pas très loin, dans le même Port-au-Prince, d’autres doivent pratiquement obtenir le visa des gangs pour rentrer chez eux?

Mon amie me raconte que son téléphone est systématiquement fouillé par des soldats de gangs chaque fois qu’elle entre ou type de son quartier.

Son téléphone!

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Comme si la citoyenneté haïtienne avait été remplacée par une permission de circuler délivrée par des hommes armés.

J’ai une autre amie qui a récemment immigré au Canada. Elle a réussi à décrocher un petit boulot qui lui permettra de sous-louer une chambre dans un appartement. Elle begin à peine sa propre reconstruction. Pourtant, ceux qu’elle a laissés en Haïti n’ont même plus ce privilège.

Elle s’est serré la ceinture. Elle a économisé. En juillet, elle a envoyé l’équivalent de 200 000 gourdes à ses dad and mom pour payer leur loyer.

Et voilà qu’elle apprend qu’un groupe armé impose désormais aux habitants de leur quartier de payer pour avoir le droit de continuer à habiter leurs propres maisons.

Elle doit trouver 50 000 gourdes supplémentaires d’ici septembre.

Sinon ses dad and mom seront chassés d’une maison dont ils viennent de payer le loyer.

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Relisez cette phrase.

Payer des gangs pour avoir le droit d’habiter la maison pour laquelle vous payez déjà un propriétaire.

Par où sommes-nous passés?

Et pendant que je recueillais ces confidences, Kenscoff enterrait ses morts.

Dans la nuit du 23 au 24 août, une nouvelle attaque armée y a fait au moins 47 morts, selon le bilan communiqué par les Nations unies. Des dizaines de personnes ont également été enlevées. Des maisons incendiées. Des familles décimées.

On parle de 47 morts.

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Mais une statistique ne pleure pas.

Quarante-sept morts, ce sont des prénoms. Des mères. Des pères. Des enfants. Des gens qui avaient des projets pour septembre. Quelqu’un avait peut-être acheté des chaussures pour la rentrée. Quelqu’un devait appeler sa sœur. Quelqu’un avait laissé une assiette dans l’évier en pensant la laver le lendemain.

Et le lendemain n’est jamais arrivé.

Pendant ce temps, la vulnérabilité haïtienne déborde désormais les frontières.

En République dominicaine, les expulsions de ressortissants haïtiens se poursuivent massivement.

Aux États-Unis, la fin du TPS pour Haïti place des centaines de milliers d’Haïtiens dans une state of affairs d’extrême incertitude.

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Et là encore, il faut regarder plus loin que l’immigrant.

Derrière beaucoup de ces travailleurs se trouve une famille en Haïti.

Le billet de 100 {dollars} envoyé de Miami paie peut-être trois semaines de nourriture à Delmas. Le transfert de Boston paie l’école d’un enfant à Jacmel. L’argent envoyé de New York achète les médicaments d’une mère aux Cayes.

Quand celui qui aide tombe, ceux qu’il soutenait tombent avec lui.

Et en Haïti même, l’économie étrangle les plus pauvres. L’inflation moyenne a atteint 28,3 % en 2025. Environ six hundreds of thousands de personnes étaient projetées en state of affairs d’insécurité alimentaire aiguë à la mi-2026.

Six hundreds of thousands.

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Il y a un second où les chiffres deviennent indécents tellement ils échouent à raconter la souffrance.

Alors, que faisons-nous?

Nous ne pouvons pas tous reconquérir un territoire occupé par des gangs. Nous ne pouvons pas tous changer une politique migratoire américaine ou dominicaine. Nous ne pouvons pas tous faire baisser l’inflation.

Mais nous pouvons regarder autour de nous.

Une tante. Un ancien camarade. Une voisine. Une famille déplacée. Un enfant dont les frais scolaires ne seront pas payés. Une personne trop digne pour dire qu’elle a faim.

Nous pouvons aider quelqu’un.

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Et l’État, lui, ne peut pas se satisfaire de cette solidarité citoyenne. Sa première obligation est de permettre aux Haïtiens de vivre sans demander l’autorisation d’un gang. Tout doit être mobilisé, dans le cadre de la loi, pour renforcer la sécurité, reprendre les territoires perdus, protéger les populations et redonner à ce peuple le droit élémentaire de circuler chez lui.

Parce qu’un peuple ne peut pas éternellement vivre en état de survie.

Ce matin, j’ai accompagné tranquillement mon #PetitMatelot à l’école.

Et j’ai eu honte de trouver cela regular.

Je n’ai demandé à personne quelle route était contrôlée par quel gang. Je n’ai pas baissé les vitres devant des hommes armés. Personne n’a fouillé mon téléphone. Je savais que l’école serait ouverte. Je savais que mon fils entrerait dans sa classe. Je savais que j’irais le chercher après.

Une journée ordinaire.

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Voilà où nous en sommes rendus : ce qui devrait être un droit en Haïti est devenu, ailleurs, un privilège dont on finit presque par se sentir coupable.

Alors je repose la query.

Par où sommes-nous passés?

Et surtout :

qu’allons-nous faire les uns pour les autres avant qu’il ne soit trop tard?

Gaspard Dorélien
Ottawa
25.08.26
13h03

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