un procès transnational, quatre ans après le magnicide


Alors que la justice américaine avance avec des condamnations et un procès attendu en 2026, la procédure judiciaire en Haïti piétine, freinée par l’insécurité, l’ingérence politique et un appareil judiciaire défaillant.

Quatre ans jour pour jour après l’assassinat brutal du président haïtien Jovenel Moïse, survenu dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021 en sa résidence de Pèlerin 5, l’affaire reste partiellement élucidée. Tandis que des procédures judiciaires progressent aux États-Unis, le volet haïtien de l’enquête s’enlise dans un marécage d’instabilité et de lenteurs judiciaires.

L’ancien président a été tué par un commando composé en majorité de mercenaires colombiens, opérant avec la complicité de citoyens haïtiens. À ce jour, plusieurs d’entre eux sont incarcérés soit en Haïti, soit aux États-Unis, en attente de procès ou déjà condamnés.

Le 19 octobre 2023, l’arrestation très médiatisée de Joseph Félix Badio à Pétion-Ville a ravivé l’intérêt autour de ce file smart. Ancien agent du ministère de la Justice, Badio est considéré comme l’un des cerveaux logistiques de l’opération : il aurait organisé le logement des mercenaires, fourni les équipements, et assuré les déplacements. Mais il proceed de plaider non coupable dans ce file.

Depuis, une ordonnance judiciaire publiée en janvier 2024 a renvoyé une cinquantaine de personnes devant le tribunal criminel haïtien. Parmi elles : l’ancienne Première dame Martine Moïse, Renald Lubérice, l’ex-Premier ministre Claude Joseph, l’ex-directeur général de la Police nationale Léon Charles, le sénateur déchu John Joël Joseph, ainsi que Dimitri Hérard, ancien chef de la sécurité du palais présidentiel.

La liste inclut aussi des ex-militaires colombiens, des entrepreneurs, des policiers, et d’autres figures politiques haïtiennes. Plusieurs accusés ont été extradés vers les États-Unis, où la justice s’est emparée du file.

Le 25 janvier 2024, le juge d’instruction Walther Wesser Voltaire a transmis son ordonnance, exigeant que les accusés soient jugés devant le tribunal criminel sans help de jury.

L’enquête judiciaire en Haïti a souffert de l’aggravation de la crise multidimensionnelle: démissions successives de juges d’instruction (cinq au whole), menaces d’acteurs armés, attaques contre les tribunaux (Palais de Justice, Cour d’appel), et un climat d’intimidation généralisé. Ce n’est qu’en mai 2025 que des audiences à huis clos ont été relancées timidement dans des lieux sécurisés privés, notamment à Pétion-Ville.

Le 6 janvier 2025, 19 suspects, dont 17 Colombiens et deux Haïtiens, ont été présentés devant un tribunal. Parmi eux figurait à nouveau Félix Badio. Les audiences étant régulièrement reportées pour des raisons de sécurité.

En revanche, le file connaît des progrès significatifs de l’autre côté de la mer des Caraïbes. Aux États-Unis, 11 suspects extradés sont poursuivis par la justice fédérale, notamment pour conspiration en vue de commettre un meurtre ou fourniture de matériel à un complot worldwide.

Cinq d’entre eux ont plaidé coupable. Les six autres attendent leur procès, prévu pour mars 2026 en Floride. Parmi les accusés : Anthony Intriago (chef de la société de sécurité CTU), James Solages (l’un des membres du commando), et Christian Emmanuel Sanon (citoyen haïtiano-américain, présenté un temps comme aspirant président).

D’ores et déjà, plusieurs peines à perpétuité ont été prononcées fin 2023 contre John Joël Joseph, Germán Alejandro Rivera García, et Rodolphe Jaar – figures clés de l’organisation du complot.

Martine Moïse, veuve de l’ancien président et elle-même blessée lors de l’attaque, est appelée à témoigner dans le cadre du procès américain à venir.

Les obstacles sont nombreux sur la voie de la justice en Haïti. L’instabilité sécuritaire, le poids des gangs dans la capitale, et les failles criantes de l’appareil judiciaire freinent considérablement l’instruction du file.

Des accusations de torture et de mauvais traitements envers les détenus, notamment les mercenaires colombiens, ont été rapportées dans les médias.

Sur le plan politique, plusieurs personnalités de l’ancien régime, autrefois intouchables, sont désormais mises en examen pour affiliation de malfaiteurs et complicité. Cela soulève de profondes interrogations sur l’étendue réelle du complot et sur les commanditaires de l’opération, encore non identifiés à ce jour. Le rapport d’instruction du juge Voltaire a d’ailleurs été critiqué pour n’avoir pas suffisamment éclairci cet facet central de l’affaire.

Malgré le nombre élevé d’inculpés et d’interventions judiciaires, une ombre épaisse airplane encore sur le file de l’assassinat du président Jovenel Moïse. Qui a financé l’opération ? Quels intérêts étaient en jeu ? Qui devait tirer revenue de ce vide présidentiel ?

Quatre ans après ce magnicide, la inhabitants haïtienne attend toujours que justice soit rendue, dans un pays où l’impunité proceed d’étouffer les espoirs d’un État de droit véritable. Toutefois, le procès reste transnational impliquant à la fois des citoyens haïtiens, colombiens, américains.

Assassinat de Jovenel Moïse : un procès transnational, quatre ans après le magnicide

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